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FF2P - Conférence le 19 novembre 2021 à Paris sur la PSYCHOPATHOLOGIE DE L’INTERSUBJECTIVITE

PSYCHOPATHOLOGIE DE L’INTERSUBJECTIVITE

Rencontrer l’autre est la voie pour échapper au chaos psychique, le sujet humain ne naît pas d’une rupture, mais d’une rencontre

L’intersubjectivité pourrait se définir comme la capacité de percevoir le monde interne et le monde externe et chez soi et chez l’autre. Elle naît de l’apprentissage progressif de la découverte et de la gestion de l’empathie sous ses différents stades et aspects.

Ce concept d’intersubjectivité émerge dans l’après-guerre suite aux travaux des premiers théoriciens de l’attachement, de la psychanalyse de la relation d’objet, des chercheurs et cliniciens du neurodéveloppement, des recherches récentes sur la périnatalité, la psychologie du développement, la psychologie sociale et les neurosciences cognitives.

Cette conception résulte des multiples observations cliniques phénoménologiques et des travaux de recherche menées par une foule de scientifiques comme John Bowlby, Mary Ainsworth, Mary Main, Mélanie Klein, Wilfred Bion, W. D. Winnicott, Michaël Balint, Daniel Stern, René Spitz, Esther Bick, Geneviève Haag, Didier Anzieu, Serge Lebovici, Donald Meltzer, Thomas Berry Brazelton, Colwyn Trevarthen, Peter Fonagy, Giacomo Rizzolatti, Corrado Sinigaglia, et plus récemment de Jean Decety, Arlette Streri, Philippe Rochat, Didier Houzel, Bernard Golse, Nicolas Georgieff, Albert Ciccionne, René Roussillon et bien d’autres.

Historiquement, Sigmund Freud et ses successeurs se sont intéressés au développement du psychisme humain et ont lancé leurs recherches et leurs approches à partir d’une psychologie à une personne.
Grâce aux réflexions interdisciplinaires et aux partages de multiples découvertes, les chercheurs se sont rendu compte des potentialités du fœtus, du nourrisson et de l’enfant en matière d’interactions avec le monde extérieur et en particulier avec l’autre, « l’objet » et ce manière innée.

Nous avons alors vu s’élaborer une psychologie à deux personnes et ce fut le début de la théorisation de l’intersubjectivité.
Didier Houzel nous explique que l’« intersubjectivité est un processus lent qui naît d’une intersubjectivité primaire acquise d’emblée à la naissance dans la perspective des théories du neurodéveloppement » (D. Stern, C. Trevarthen). Rencontrer l’autre est la voie pour échapper au chaos psychique. En effet, dit-il, le sujet humain naît d’une rencontre et non d’une rupture. C’est l’intériorisation de cette rencontre va l’amener à la réflexibilité et à sa subjectivation.
Bernard Golse nous rappelle que ce sont les travaux de Jean Decety qui grâce à capacité d’empathie primaire innée du nourrisson contribue et participe à l’ontogenèse de l’intersubjectivité.
René Roussillon aborde le concept d’inter-intentionnalité considérant que la dialectique intersubjective est une dialectique de l’inter-intentionnalité. C’est au niveau des intentions supposées que s’établissent les échanges. L’exploration de l’intention de « l’objet l’autre-sujet », serait alors considérée comme l’une des problématiques centrales de l’intersubjectivité.

Toutes ces notions sont développées au fil de conférences et de cours colligées dans cet ouvrage en nous rappelant bien que qu’il s’agit de réflexions et d’hypothèses de travail sans qu’il y ait de consensus définitifs sur les différents modèles explicatifs avancés.

Néanmoins, cette approche affine notre présence face à ce qui n’est pas nous, l’Autre au sens large et notamment nos conjoints, enfants, amis et les patients que nous avons en charge.

Qu’en est-il de nos propres capacités d’intersubjectivité ? A quel niveau en sommes-nous ? Quelles interruptions dans notre propre psychogenèse ont-elles empêché d’atteindre l’intersubjectivité tertiaire ou empathie réciproque mutuelle ?

Le dialogue interdisciplinaire et la prise en charge transdisciplinaire nous paraissent essentielles en parallèle avec les récentes découvertes des neurosciences, la psychanalyse actuelle de la relation d’objet, le neuro-cognitivisme, les théories de l’attachement, de l’empathie pour envisager ce nouveau prisme de l’intersubjectivité.
Comprendre les troubles affectifs, les troubles mentaux et leur souffrance à travers le filtre des déficits et des dysfonctionnements rencontrés au fil de la psychogenèse de nos patients, conjoints et enfants ainsi que de la nôtre, est réjouissant et apporte plus de tolérance grâce à une compréhension plus fine des enjeux rencontrés.

Dr Michel Delbrouck

Fig. 1 – Intersubjectivité à l’interface entre différents domaines de recherche et perspectives